Démarche Artistique
Ce qui m'inspire profondément, c'est l'équilibre. Il guide autant mon travail que ma vie personnelle, notamment à travers ma pratique de la Highline, où il faut constamment jongler entre contrôle et lâcher-prise. Être souffleur de verre, c'est trouver le rythme idéal, entre l'anticipation et spontanéité, c'est défier la gravité. N'est-ce pas là le plus bel équilibre ?
Dans mon approche, je laisse volontairement une part de liberté à la matière. Le verre a une mémoire : chaque geste laisse une trace. Accepter l'imprévu, intégrer l'erreur comme un levier de création, voilà ce qui me fascine. Il ne s'agit pas de maîtriser absolument, mais de dialoguer avec la matière, de lui offrir un cadre sans l'enfermer.
Je me fixe une limite : celle de la pureté des formes. C'est là que commence la complexité. Travailler le verre demande rigueur : une répartition régulière de la matière, une température homogène, une rotation constante selon un axe précis. Aucune machine ne le fait à notre place. Seule l'expérience permet de ressentir la bonne température ou la bonne viscosité, et chaque couleur, chaque teinte, réagit différemment.
Face à ce potentiel immense, je cherche la cohérence. J'explore certains aspects visuels ou physiques du verre, sans vouloir tout dire à la fois. Le verre reste une matière méconnue, souvent réduite à une image "kitsch", alors qu'il est incroyablement moderne, vibrant, et expressif.
Le travail du luminaire prend tout son sens pour moi dans le verre. Cette matière possède des qualités uniques lorsqu'il s'agit de lumière. Elle est à la fois fragile et résistante, transparente et dense, fluide et rigide. C'est cette dualité, cette richesse, que je cherche à explorer dans mes créations.
Dans mes pièces, j'aime jouer avec les contrastes : opacité et transparence, brillance naturelle et satinage, formes pleines et légères. Le verre massif, par exemple, me permet d'amplifier cette dualité. C'est ce que j'ai recherché dans Instant suspendu ou dans mes luminaires Perles de lumière.
Je travaille souvent en couches successives, du cœur vers la surface. Cela permet de créer une profondeur visuelle, un jeu d'ombres et de reflets. Mon travail sur la série Ellipsys s'articule autour de l'ellipse, forme structurelle par excellence. En jouant sur son rythme, ses ruptures, je crée une tension visuelle, un équilibre mouvant. Selon l'angle, une transparence apparaît, puis disparaît. Il suffit d'un éclairage pour révéler l'axe de lumière.
Ce jeu entre caché et révélé, entre contrôle et liberté, je l'ai poursuivi avec les Rift of Light, des luminaires où la lumière traverse l'axe central et donne vie à la pièce. Je prépare la structure, j'organise le décor, puis je lâche prise et accompagne le verre dans sa propre évolution.
Chaque pièce devient alors unique, animée, fluide. Je cherche à ne pas contraindre, mais guider. Le verre est un liquide avant tout. Il n'aime pas la rigidité. À nous, artisan.es verriers, de lui laisser exprimer tout son potentiel.
Sources d'inspirations
